Graines de créatifs urbains

Le 17-12-2019
Par Léa Dandois, étudiante à l'IPJ

Plus d’une dizaine de projets médias-arts et culture bénéficient d’un programme d’accompagnement du Médialab93 et de La Ruche pendant trois mois : séminaires, ateliers, masterclass et suivi individualisé. Des étudiants de l’Institut pratique du journalisme (IPJ) de Paris ont rencontré les porteurs de projets de l’Ecole du Lab #6. Retour sur leurs parcours et plongée dans le développement de leurs activités.

 

SANAA ROUKIA, SON MÉDIA, SON BIJOU !

33% musique, 33% voyages, 33% lifestyle et 1% de fraîcheur !

Musique, voyages, lifestyle, 33 carats, le média de Sanaa Roukia, met en lumière des artistes et entrepreneurs du mouvement hip-hop. Un projet dans lequel la journaliste s’épanouie après un passage dans un milieu plus conventionnel.

« J’étais tombée dans le système », avoue Sanaa Roukia, une pointe d’humour dans la voix. Avant de lancer son média, 33 carats, en 2015, la jeune femme enchaîne plusieurs activités à la recherche de stabilité avant tout. Cette journaliste « autodidacte » comme elle se qualifie, est passée par un DEUG d’Anglais et des études en information communication. À la sortie d’école, elle enchaîne les stages et jobs mal payés, notamment dans le monde de la mode. « C’était dur, souffle-t-elle, je n’avais pas les contacts dans ces milieux ». Alors elle traverse la Manche, pour toujours plus s’imprégner de la culture anglo-saxonne qu’elle affectionne. À Londres, elle est confrontée aux mêmes difficultés : « Pour une Sanaa avec des compétences, il y en avait dix autres de dix pays différents », rigole-t-elle à moitié. Prise dans ces logiques ultra-concurrentielles, l’écriture s’affiche comme son exutoire. « J’avais un travail alimentaire, mais à côté je contribuais à un magazine lifestyle. Je rencontrais des gens, je prenais des photos. Là je me sentais épanouie », détaille Sanaa. Mais à l’époque, pas encore question de lancer son propre média.

D’observatrice à actrice

La journaliste se plonge dans le développement personnel, et comprend qu’elle s’impose « des biais de confirmation », une tendance à sélectionner uniquement des informations qui confirment des idées préexistantes. La jeune femme se persuade qu’« elle ne pourra pas réussir ». Dans la capitale britannique, elle se crée un cercle d’amies, journalistes, blogueuses : « Des femmes comme moi, des femmes noires journalistes qui étaient épanouies dans l’industrie des médias », précise Sanaa.  Aujourd’hui encore la journaliste reconnaît avoir du mal à s’approprier ce qualificatif : « je suis un module à distance à la London School of Journalism pour me sentir vraiment journaliste ». Une recherche de perfection permanente. Mais plus que journaliste, elle préfère assurer qu’avec son média elle est passée « d’observatrice à actrice ».

De retour en France, Londres ne la quitte pas. La journaliste bilingue continue d’écrire en anglais. Un choix qu’elle a du mal à expliquer, tant cela lui apparaît comme une évidence. Hésitation et silence précèdent sa réponse : « j’ai toujours voulu comprendre le rap, le mouvement hip-hop aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Plus jeune, je regardais MTV et la BBC ». Elle poursuit : « j’arrive à faire passer d’autres messages en écrivant en anglais, notamment parler de la France à l’étranger ».

33 carats, un « blingzine »

Lancé l’année de ses 33 ans, 33 carats met en lumière des artistes et entrepreneurs du mouvement hip-hop. De son côté la journaliste entend pour l’instant rester dans l’ombre. En arpentant ses réseaux sociaux, impossible de dénicher une publication où elle s’affiche. Sanaa explique ce choix : « Je ne me fixe pas de deadline pour que mon média marche, mais quand ce sera le cas je pourrais me montrer et me prétendre légitime pour inspirer des jeunes filles, chose qu’il m’a manqué ».
Une facette de sa personnalité qui détonne avec le nom de son média : 33 carats, un « blingzine », comme elle le décrit. Également une référence aux 33 tours, mais surtout « un nom qui met la barre toujours plus haut, pour aller au-delà des biais de confirmation ».

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