Le goût des autres : Villiers-le-bel revisite l'histoire du goût

Le 24-04-2013
Par Charly Célinain

Pour sa prochaine exposition, intitulée « Le goût des autres », le collectif fusion nous embarquera dans une véritable odyssée culinaire. Le monde des fruits et légumes nous en apprendra énormément  sur les questions d'identités et de métissages culturels. Manioc, ignames, bananes plantains, il y en aura pour tous les goûts. 

 
Les goûts et les couleurs, ça se discutera, fin mai, avec une exposition proposée par le collectif Fusion : « Le goût des autres ». Les fruits et légumes utilisés par nos parents dans leurs recettes traditionnelles pour faire émerger les questions d'identité et de métissages culturels. Un angle pour le moins original permettant d'aborder diverses thématiques dont l'histoire et la transmission de la mémoire. Fin mai, Villiers-le-Bel revêtira sa toque et son tablier pour un voyage à travers les goûts et le temps. 
 

L'ingrédient fait parler de lui

« Nous essayons de faire parler sur l'ingrédient plus que sur la recette ! » nous explique Dominique Renaux du collectif Fusion. Une subtile différence qui conditionne toute l'exposition. Se focaliser sur la patate douce, le manioc, sur les ingrédients qui permettent de réaliser les recettes. Pour cet événement, le collectif a conduit des entretiens, notamment, avec des adultes en cours de FLE (Français Langue Etrangère). Ces échanges culinaires sur les ingrédients étaient des prétextes pour leur faire parler le français : « Par exemple, nous avons pu assister à des échanges sur la petite herbe que l'on met dans la chorba. Cette petite herbe qui donne un goût si particulier et qui change d'une région à une autre » raconte le membre du Collectif Fusion. Selon que l'on soit de telle ou telle région, l'herbe utilisée n'est pas la même, chaque immigrant est venu avec sa recette, sa petite herbe caractéristique. De la petite herbe à la question de l'immigration ou comment la cuisine nous fait voyager autrement. 
 
 
Cette rencontre intergénérationnelle a pris un caractère interculturel
 

Passerelle entre les cultures

Les entretiens ont également conduit les membres du collectif à Fosse (Val d'Oise), au CDI du Lycée Baudelaire. Dans le cadre d'un partenariat entre le collectif Fusion et l'équipe animatrice du CDI, les élèves de ce lycée ont monté un blog sur la banane plantain avec toute une documentation culturelle, historique... Ces mêmes élèves ont eu l'occasion d'interviewer des habitantes sur le thème de l'identité et de la mémoire alimentaire. Le résultat était inattendu : « Les élèves ont construit leur questionnaire eux-même. Cette rencontre intergénérationnelle a pris un caractère interculturel parce que les jeunes avaient des questions du type « Ma maman fait telle recette de telle façon et vous ? Comment faites-vous ? » ». Ces entretiens sur la cuisine et les ingrédients ont donc permis l'échange et la comparaison entre différentes cultures.
 

Récupération des photos

Pour cette exposition sur la mémoire alimentaire, il fallait des photographies. Récupérer auprès des familles des photographies de nourriture n'a pas été aussi simple : « C'était compliqué ! Nous ne photographions pas spécialement des ingrédients. Donc le plus souvent, nous avons récupéré des photos de marchés, de souks... Parfois il a fallu aller chercher sur la photo le détail de l'ingrédient » nous confie Dominique Reynaux. Un grand travail de recherche qui a finalement débouché sur tout un article consacré aux marchés, présents dans le catalogue de l'exposition.
 

De l'ingrédient à l'histoire coloniale

Concernant le sucre, c'est tout un pan de l'histoire de France que nous pouvons ouvrir : « A travers l'évolution du goût du sucré à la Renaissance, nous touchons à l'histoire de la canne à sucre et, par corollaire, à l'histoire de l'esclavage » explique Dominique Renaux. De la démocratisation du sucre raffiné à partir du 15ème siècle, qui a nécessité un esclavage de masse aux Antilles pour soutenir une grosse production, à l'exploitation de la betterave à sucre au début du 19ème siècle qui a causé « la chute » de la canne à sucre, le membre du Collectif Fusion donne un « cours magistral ». Une parenthèse qui montre bien les ponts qui peuvent exister entre l'ingrédient et son contexte historique. Peut-être une autre façon d'enseigner l'Histoire...
 
Les enfants sont apathiques (...) Ils décrochent parce qu'on ne leur apprend pas leur Histoire

Une autre Histoire

Dominique Renaux en est persuadé, l'Histoire gagnerait à être enseignée de façon différentes sur les bancs de l'école : « Ici [Villiers-le-bel] en Histoire, les enfants sont apathiques. De par leurs diverses origines (Maghreb, Afrique, Antilles..), ils sont liés à l'histoire coloniale. Ils décrochent parce qu'on ne leur apprend pas leur Histoire. Il faut partir d'eux, capter leur attention ». Intéresser les plus jeunes à ces problématiques historiques est un vrai défi auquel s’attelle le collectif Fusion pour cette exposition comme dans leurs publications : « Je ne veux pas perdre le public jeune et le public lambda intéressé, c'est pourquoi nous faisons des textes courts. Malheureusement, aujourd'hui les enfants, et la société en général, lisent peu ». Faire court, être captivant, deux impératifs auxquels l'association val d'oisienne a dû se soumettre. 
 
L'exposition se tiendra le 29 mai prochain à Villiers-le-bel, avec une table-ronde pour permettre une réflexion autour de l'exposition. Cette dernière sera présentée durant trois semaines à Fosse, puis prendra la direction de Grenoble en juin. Une exposition itinérante mais aussi contributive et évolutive : « Le public pourra amener ses contributions. Les photos seront ajoutées sur de nouveaux panneaux » confirme Dominique Renaux. Et bien sûr, les visiteurs auront droit à un buffet au milieu du colloque, « un buffet sans chips et ni cacahuètes ! »
 
 
 
 

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