Journal Officiel des Banlieues / Écologie

Quartiers sensibles... à l'écologie ?

© Camille Millerand
leader

De nombreux exemples prouvent que les classes populaires, souvent issues des minorités, sont les premières frappées par les crises environnementales. Il y a double peine : économique et écologique. Dans ce contexte, se défendre contre les agressions environnementales et participer au développement d'une autre économie dans les quartiers populaires est-il incongru ?

L'ouragan Katrina a ravagé la Nouvelle Orléans. Toute la Nouvelle-Orléans ? Non, une partie seulement, celle occupée par les populations pauvres, essentiellement noires, en zones inondables et mal sécurisées. Le Probo Koala, cargo nomade appartenant à une multinationale franco-suisse et transportant une cargaison toxique internationale, a déversé en 2006 ses déchets au large des côtes ivoiriennes, empoisonnant des centaines de paysans. Les dernières tornades qui ont ravagé les Etats-Unis ont fait des centaines de morts, non pas parce qu'elles étaient plus violentes que d'habitude, mais parce que beaucoup plus de pauvres  vivent dans de fragiles mobil home depuis la crise des subprimes.

Peut-on être pauvre et écolo ?
Et en France ? En France (comme ailleurs), les quartiers populaires de banlieue ont été pour la plupart édifiés depuis l'apparition la société industrielle, près des usines donc. Et ces dernières étaient plutôt construites à l'est des grandes agglomérations afin que les fumées et nuisances, repoussées par les vents dominants  (d'Ouest en Esten France) ne viennent pas importuner les habitants plus riches des grandes villes. AZF, à Toulouse, témoigne de cet état de fait. Partout, les tâches les plus ingrates et les plus dangereuses pour la santé ont été laissées à des travailleurs précaires (à l'instar de certains travaux des centrales nucléaires). Qui est pauvre a aussi beaucoup plus de chances d'être une victime sanitaire ou d'une catastrophe environnementale, comme nous le verrons dans un bref retour historique sur l'usine pétrochimique toulousaine.
 

Des expériences de lien social et de sobriété
Mais alors que la désindustrialisation bat son plein en France depuis les années 70-80, les quartiers populaires paupérisés sont devenus attractifs pour les intellectuels précaires et autres bobos, qui colonisent la première couronne parisienne (et les centre-villes populaires des grandes villes comme Lyon -la Croix-Rousse- ou Marseille -le Panier-), parfois attirés par les édiles de gauche au nom de la mixité sociale. Mais les pratiques (alimentaires ou de transport) des habitants des quartiers populaires traditionnels sont-ils si différents de ceux des autres classes sociales, que l'on juge a priori plus volontiers écolo-compatibles ? Pas sûr. Car en effet, c'est une certaine forme d'aliénation qui prédispose les plus précaires à se tourner vers des transports à la fois chers et polluants (la voiture), ou à une alimentation discount de piètre qualité, voire néfaste pour la santé. D'où l'émergence lente d'initiatives locales qui visent à la fois à créer du lien social et à s'alimenter sainement (nous le verrons à Marseille avec les MAPAS, dans la banlieue de Rouen avec des jardins potagers locaux, ou à encore à Haumont, dans le Nord-Pas-de-Calais). Sans oublier par ailleurs que, traditionnellement, des modes de vie qui avaient la préférence des ouvriers restent compétitifs (à l'instar du vélo, nous le verrons à Saint-Gratien, en Seine-Saint-Denis). C'est aussi ce que révèle l'attachement aux pratiques traditionnelles : lorsque les populations immigrées n'ont pas été dépossédées de leur culture (de même que les paysans hexagonaux), elles sont à la fois économes et soucieuses de leur environnement.

Autant d'éléments contradictoires qui expliquent comment la société industrielle a certes créé une élévation du niveau de vie et des solidarités (ouvrières), mais que son effondrement a rendu ces bénéfices caducs , a fortiori lorsque le déracinement crée un vide complet. Cette difficulté explique en partie le brouillage du message des écologistes lorsqu'ils essaient de s'adresser aux classes populaires, comme nous en rendent compte Alima Boumediene-Thiery et Cécile Duflot.

Erwan Ruty