Ressources

Fight club médiatique

Des Indignés mettent les pieds dans le PAF !

En finir avec la manipulation de l'information : l'objectif du collectif « les Indignés du Paf et des médias », créé fin 2011, est clair, net et précis. Et pour faire bouger le Paysage audiovisuel français, Phillippe Guiheneuf, le co-fondateur, compte bien s'appuyer sur le citoyen.

 
Les citoyens ont une carte à jouer dans le traitement de l'information par les médias. Philippe Guiheneuf, fondateur du collectif Les indignés du Paf et des médias, le martèle à l'envie. D'autant qu'en la matière, les manquements de certains médias dépassent, malheureusement, la fiction. C'est justement un bidonnage, repéré en décembre dernier, qui enclenche la formation du collectif.Ainsi au commencement était Appel d'urgence, émission diffusée sur TF1 le 6 décembre 2011.   Ce soir là, l'équipe avec à sa tête Carole Rousseau, la présentatrice, consacre un reportage à la délinquance à Paris. Jusqu'ici tout va bien, si l'on peut dire… Sauf que des images de gangs new-yorkais se glissent -visiblement volontairement- dans le sujet, histoire d'accentuer le phénomène. Un bidonnage en bonne et due forme, révélé par Yann Barthès du Petit Journal sur Canal + qui déclenche la colère de Philippe Guiheneuf. 
 

Rompre avec la logique de stigmatisation des quartiers

"Après cet épisode, je me suis dit qu'il fallait passer à l'action. Cette stigmatisation des jeunes de quartiers est intolérable, explique-t-il. Et d'ajouter : notre volonté est de faire que l'information transmise soit la plus objective possible, sans être influencée ou manipulée." Vaste programme. Une fois le collectif monté aux côtés de son comparse Denis Rougé, éducateur spécialisé, le duo noyaute un groupe de quelques bénévoles, un peu moins d'une dizaine. Fait intéressant, très peu d'entre eux viennent des médias. Philippe Guiheneuf vient, par exemple, du monde du cinéma et du spectacle. En 2006, il prend la direction d'un théâtre associatif à Nantes, ville dont il est natif. "J'ai plaqué le monde du cinéma pour ce projet juste après les émeutes de banlieue en 2005." Il lance alors l'expérience Ferré, un projet culturel d'insertion. Clairement tourné vers les jeunes de cités, il leur propose de produire des textes autour de leur révolte. "Toute l'ambition du projet consistait à montrer que la révolte de Léo Ferré, chanteur-poète aujourd'hui disparu, est la même que la leur." A Avignon, il s'implique au Chapiteau-théâtre fou, lieu de création. Le projet axé autour de la pluriethnicité lui permet de poursuivre son engagement autour du vivre-ensemble.
Un parcours qui débouche sur les Indignés du Paf et des médias, tant selon lui, "les quartiers populaires sont soumis à un traitement souvent caricatural." 
 

Un appel, 1000 signataires

Trois mois après sa création, le message des Indignés du Paf est rapidement relayé. "Nous avons lancé notre appel, en mars dernier, destiné à interpeller les citoyens et surtout les candidats à l'élection présidentielle." Une démarche stratégique qui trouve un écho favorable. "Parmi les signataires, François Bayrou, Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon ou Philippe Poutou." Les poids lourds se disent réceptifs mais préfèrent éviter de se mouiller ouvertement…Une erreur ? Certainement. L'Appel est le résultat d'un tour de France citoyen effectué par les Indignés du Paf. "Du 20 au 22 mars, nous avons organisé une vingtaine de tables rondes en nous appuyant sur les citoyens désireux de débattre sur le lien média-citoyen." Une approche directe du terrain. Incontournable aussi. Car, toute la démarche du collectif est bien de replacer au centre du traitement de l'information, le citoyen. 
 

Le citoyen au coeur du Paf

Le tour de France des Indignés du Paf a justement fourni une moisson de propositions. Parmi lesquelles, "une réforme du CSA", comparé par certains à une citadelle imprenable. Pas forcément, à en croire Philippe Guiheneuf. Un optimisme qu'il doit aux portes qui commencent à s'ouvrir. Et notamment celles des institutions. "Nous avons été reçu par Kim Pham, conseiller audiovisuel d'Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication. Nous lui avons parlé d'une campagne menée en 2005 par les Pieds dans le Paf, une association de téléspectateurs d'éducation aux médias. Elle prônait comme nous la nomination d'un citoyen parmi les Sages de CSA." Un moyen de rappeler que des membres du gouvernement actuel avaient signé cet appel. 
 

Peser sur le gouvernement

Parmi eux, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, Jean-Marc Ayrault, Premier Ministre ou encore François Hollande… Président de la République, donc. Du côté du cabinet de la ministre, c'est pour l'instant du ni oui-ni non. "Nous attendons de voir. Un projet de loi portant sur la nomination des Sages du CSA va être soumis à l'Assemblée nationale en septembre prochain. Espérons que les choses bougent", glisse Philippe Guiheneuf. Autre cheval de bataille, "la réforme du CSA pour en faire un Conseil supérieur des médias censé couvrir tous les canaux, dont internet." Si elle est créée, cette institution devra organiser les Etats généraux de la presse (rappelons que Nicolas Sarkozy avait impulsé en octobre 2008 des états généraux de la presse écrite, ayant débouché sur la rédaction d’un « livre vert » ainsi que diverses mesures de soutien au secteur – un précédent remarquable ?*). 
 

Plusieurs revendications

Des exigences auxquelles les Indignés tiennent. Reste à savoir si leur action bénéficie d'une légitimité et d'une crédibilité. "Notre légitimité, elle vient de notre présence. On fait des propositions et surtout on argumente pour donner du sens à notre engagement." En dehors de la révolution CSA, le collectif s'est fixé une feuille de route. Notre démarche comporte quatre axes dont la co-régulation des médias par les citoyens. L'idée serait de créer "des conseils de presse comme en Scandinavie pour restaurer la confiance entre citoyens et médias [A ce titre existe déjà l’Association de préfiguration d’un conseil de la presse depuis fin 2006 : http://apcp.unblog.fr/ - NDLR]. Important aussi, la transparence des relations entre les rédactions et le groupe auquel elles appartiennent. La relation TF1 et Bouygues est le genre de mélange des genres à éviter…"
 
En octobre prochain, le collectif participera aux Assises du journalisme, organisées par l’association Journalisme et citoyenneté, à Poitiers [http://www.journalisme.com/les-assises]. "Nous y animerons un débat autour d'une question clé : qu'attendez vous d'un (e) journaliste?" L'occasion pour l'équipe des 10 bénévoles de lancer une campagne plus large. "Nous prévoyons que les journalistes reprennent cette campagne autour d'une autre interrogation : qu'attendez vous de nous ?" Philippe Guiheneuf prépare actuellement cette campagne. Ce projet citoyen devrait aussi servir d'amorce aux Etats généraux de la presse. Pour l'heure, la rentrée approche à grands pas. Le 6 septembre, les Indignés du Paf seront reçus au Palais de l'Elysée par le cabinet de François Hollande avant d'enchaîner le 17 avec les députés de la commission culture et communication de l'Assemblée nationale. Un signe que les choses bougent ? Les écrans de télévision nous le diront...
 
 
Nadia Henni-Moulai
 
 

Participez à la réunion de rédaction ! Abonnez-vous pour recevoir nos éditions, participer aux choix des prochains dossiers, commenter, partager,...