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Fight club médiatique

« Diversité-Couscous »

La semaine dernière France 2 nous gratifiait d’un grand moment de télévision (sic). Les aventures ou plutôt les mésaventures d’Aïcha, une jeune femme « bien intégrée », qui rêve d’échapper à l’oppression de la cité. Elle s’amourache de Patrick, qui sur son destrier estampillé Peugeot l’emmène de l’autre côté du périph. En mai 2009, cet épisode réalisé par Yamina Benguigui, avait rassemblé plus de 5 millions de téléspectateurs. France 2, a donc recommandé 5 autres épisodes à la réalisatrice d’origine algérienne. Le deuxième volet « Aïcha, Job à tout prix » était donc diffusé mercredi 2 mars en prime-time. Après, « la journée de la jupe », « La cité du mâle », la ratonnade médiatique continue…

Flirtant avec les sujets chauds d’actualité, la réalisatrice s’en prend cette fois aux créneaux horaires pour les piscines demandés par certaines associations juives et musulmanes et les converties. Têtes de linottes, simplettes, ces dernières ne sont pas montrées sous leur plus beau jour. Et c’est Nedjma, la cousine surdiplômée, qu’on avait laissé désespérée après son mariage temporaire, qui devient ici la porte-parole de ces femmes voilées.

Enfilant les clichés comme les perles, Yamina Benguigui conforte ainsi tout un imaginaire occidental : l’arabe aime les grandes ripailles, l’arabe est bruyant, l’arabe est volubile, l’arabe n’aime pas les noirs…D’ailleurs dans les deux épisodes, les femmes se retrouvent régulièrement aux hammams et chez Biyouna, la coiffeuse, pour colporter les derniers cancans. Il s’agit sans doute ici de donner tout son sens à l’expression « téléphone arabe ».
Une fois encore, c’est donc une certaine frange de la société qui est clouée sur l’autel de l’audimat. J’ai nommé : les immigrés et les musulmans.
Une honte quand on sait que la fiction a été subventionné par l’Acsé, l’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances…

Et quelle déception lorsqu’on connaît le travail de documentariste de Yamina Bengugui. Comme beaucoup, j’avais lu et vu « Mémoires d’immigrés », et été touchée par les portraits de ces anciens qui racontent et se racontent. De grâce Yamina revenez à vos premiers amours !

 

Nadia Hathroubi-Safsaf

Secrétaire Générale de Presse & Cité 

 

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