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Fight club médiatique

Villers-la-belle se rebelle

On n’était pas des centaines, pour cause de premier samedi ensoleillé, dans la Maison de quartier des Carreaux, à Villiers-le-bel, ce samedi 22 mai, à l’invitation pressente de l’association Influences. Des élus, quelques jeunes et des militants associatifs dans une salle obscure pour cartonner Harry Roselmack, ou plutôt son reportage « Derrière les murs de la cité », saisi sur le vif à Villiers et diffusé quelques mois plus tôt sur TF1.


Comme souvent (comme toujours ?), les premiers concernés, les habitants de la ville, ne se reconnaissent pas dans ce que le film montre de la ville : essentiellement des jeunes, souvent à problèmes, et quelques clichés (la mère de famille noire qui aime danser dès 6’ du mat’, les lascars qui tiennent les murs, les ex-taulards…). A tel point qu’on en oublie le reste : le format inégalé sur la chaîne tout béton (plus de 95 minutes), les interviews longues, parfois très longues (pendant près de 10 minutes avec le fameux « Rex », ancien Black Dragon reconverti en jeune représentant des quartiers dans d’autres émissions de la même chaîne, notamment face à Nicolas Sarkozy), les personnages atypiques (le promoteur immobilier qui pointe la disparition progressive des « gaulois » de la ville, l’ancien délinquant qui ne voulait pas remplir ce rôle pas fait pour lui et qui avait craqué, etc, etc). A tel point qu’on oublie aussi que TF1 revient de loin, quand on se souvient de l’inénarrable/impayable/scandaleux Droit de Savoir…*
Du coup, les langues se délient, se lâchent même. Pourtant, l’objectif de l’opération mérite d’être tenu, à terme : permettre un « droit de réponse » des habitants à ce qui est jugé comme une « offense ». Selon une forme encore à définir, et éventuellement avec Roselmack en guest star, mais surtout pour ne pas rester seul avec son seul désarroi. Juré : là encore, comme à Tremblay, comme à Sarcelles, et comme il y a bien longtemps à Grigny ou ailleurs, les habitants veulent s’organiser pour répondre. Quelques propositions fusent : saisir la justice pour rétablir quelques inexactitudes et raccourcis (ne montrer qu’un seul quartier, et pas le plus funky de la ville : la Cerisaie), dénoncer ouvertement qu’aucune main courante ni plainte n’ait été déposée par les réalisateurs qui assurent avoir été menacés et avoir du décamper dans un hôtel d’une ville voisine pour poursuivre le reportage, se plaindre que certains passages aient été scénarisés et tournés après « l’immersion » (la séance chez l’ophtalmo, selon la mairie), ou encore faire reconnaître qu’il est scandaleux que les associations locales et institutions n’aient pas eu voix au chapitre dans ce genre de reportage. Pas assez « bons clients », le maire et les animateurs de quartier ? Une idée jaillit : que les citoyens s’emparent d’outils de communication, sur le mode « My major company », pour mener une contre-campagne de com’ à l’encontre de ce genre d e film. Conclusion : du désarroi, encore du désarroi. Et toujours cette revendication : que les médias arrêtent de parler des gens à leur place. Bref, tout faire, mais ne pas rester les bras croisés. A cogiter. Des idées, dans la salle ?

Erwan Ruty / Ressources Urbaines

*Les organisateurs ont largement préféré « Jours tranquilles à Villiers-le-bel », de François Rabaté, diffusé sur France Ô, beaucoup plus diversifié, favorable et posé. Trop ?

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